Les entretiens
Cahier n°2

Photographie couverture Nathalie Le Gall

Nathalie Le Gall
Sarah B. Cohen

Photographie Nathalie Le Gall dans son atelier du Singe Vert à Montpellier

Nathalie Le Gall dans son atelier du Singe Vert

Préambule

Je suis un peu intimidée Sarah...

Chuttt.

... t'as vu ?

Quoi ?

Nous sommes toutes les deux dans le Miroir !

Mais non ! Piero a dit que cette Sarah-là est sans hash !

Qu'elle fume pas le pétard !

Et... t'as aucune copine qui s'appelle Laure ?

Non...

Bon... tu vois... pas d'inquiétudes !

Attention... micro !

LA VENUE À LA PEINTURE

Chapitre I, la venue à la peinture Nathalie Le Gall

-Mes ami.e.s, comme précédemment annoncé et promis, nous vous convions à un entretien exceptionnel avec Nathalie Le Gall, Montpelliéraine, artiste peintre, illustratrice et animatrice d'un atelier de cours de peinture et dessin, l'Atelier du Singe Vert.

L'Obsidienne entretient, depuis très longtemps, des relations amicales avec Nathalie Le Gall qui... à ce titre... a illustré la couverture du poème rock de Pierre Belleney, La Ballade de la Dame des Orées.

- Nathalie Le Gall... pourriez-vous nous raconter comment vous avez commencé à dessiner ?

- Je dessinais sur mes cahiers d'école, sur le sable des plages de Bretagne avec un bâton, sur ma peau, ma gomme aussi. Mais tout au début en maternelle je dessinais avec des papiers de couleurs.

- Pourquoi cet objet ?

- Parce que c’était peut-être de la couleur et du dessin en plusieurs dimensions, en pliages, en froissés... des plis... de la couleur en volume. Pas de tracés mais un solide dans l'espace.

- Nathalie Le Gall... qu’est-ce qui vous a donné envie de dessiner et de peindre ?

- Enfant solitaire, petite, je jouais avec toutes les couleurs que je trouvais et qui riaient à leur tour.

Ensuite j'ai dessiné et peint sur la surface plane de la feuille de papier avec une idée précise, des paysages, des fleurs, des jardins. J'étais arrivée à l'école primaire...

- Montriez-vous vos peintures, vos dessins ?

- Oui... j'étais très nulle en classe, tout le monde s'extasiait devant mes dessins.

Dans les petites classes tous les enfants repèrent celle ou celui qui dessine tout, bien et vite.

Il y avait une petite dont j'admirais les dessins en couleur car elle refaisait les personnages de notre livre de lecture.

Je me souviens du visage de la cette petite fille très précisément en train de dessiner car je devais l'observer souvent.

Mes dessins étaient imaginaires illustrant fréquemment un texte, une poésie.

- Quel était l'avis des personnes à qui vous montriez vos peintures et vos dessins ?

- Qu'ils n'auraient pas pu faire eux-même ce que je représentais.

- Nathalie Le Gall... avez-vous été encouragée ?

- oui, par mes parents.

- Découragée ?

- Non, jamais.

- Peigniez-vous, dessiniez-vous, des choses que vous ne montriez à personne ?

- Non je n'ai jamais eu cette pudeur-là...

- Nathalie Le Gall, que lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescente ?

- Au début, je ne lisais pas encore... je regardais très attentivement les illustrations de « Tout l'univers », les photos du genre énorme empreinte de pas d'un dinosaure, les dessins en couleurs de personnages historiques, les revues « Strange » de l'un de mes frères avec les super-héros.

À la médiathèque, on me lisait des histoires dans le noir avec diapositives... j'adorais cela.

Je lisais aussi des contes chinois et japonais, des bédés, pleines de trucs.

Adolescente, je suis passée aux classiques, Zola, Balzac, car j'aimais les grandes descriptions, ce qui me plongeais dans l’époque comme une machine à remonter le temps et beaucoup, beaucoup de science-fiction type « space opera », tous les grands auteurs... jamais d’«heroic fantaisy ».

- Et maintenant ?

- Des biographies, de la SF toujours. Des romans, de la science, de l'histoire de l'art.

- Ces lectures vous ont-elles influencée dans votre travail ?

- Oui, pour certains travaux.

- Nathalie Le Gall, en tant qu'artiste peintre et illustratrice, quel est votre rapport à l'écriture, la calligraphie, le texte en tant qu'élément de la surface peinte ?

- Aucun.

- Vous êtes-vous déplacée à la Panacée, pour l'installation de Bob and Roberta Smith ?

- Non... mais il y a quelques années j'ai réalisé un travail dans leur style graphique pour le rapport annuel d'une compagnie.

- Avez-vous eu parfois l'impression... de peindre... dans une langue étrangère... des signes venus de l'espace ?

- Non... mais un jour j'ai visualisé, en écoutant aux Beaux-Arts de Montpellier un morceau du musique de Bernard Parmegiani, un compositeur français de musique électroacoustique, des formes géométriques dans un espace qui faisait penser à des parallélépipèdes de pierre de différentes qualités mais d'une matière inconnue... c'était étonnant...

je l'ai dessiné peu après dans un carnet pour m'en souvenir en notant les références du disque.

Je précise que je n'avais pris aucune substance... mon ami Pierre m'a procuré ce disque quelques années après mais ce n'est jamais revenu.

De la synesthésie peut être...Mais on m'a dit aussi que les gens venaient à ses concerts pour vivre des expériences similaires...

- Nathalie Le Gall, avez-vous abordé d'autres moyens d'expression écrite comme le roman, la poésie ?

- Oui, ils correspondent bien à un univers à plusieurs dimensions. Ces textes sont construits comme des structures libres en mouvement, des souvenirs flottants...et je suis partout dedans... je découpe le temps, l'espace, les objets... à la fin, c'est une architecture vivante en plusieurs dimensions qui n'appartient qu'à moi.

Ces textes sont les couloirs de mes émotions. J'ai compris que les fautes d'orthographes que je faisais n'étaient pas seulement des fautes de cancre, elles représentaient un langage souterrain et totalement muet à cette même lecture. Elles doublaient le texte de sensations diverses et de codes en apportant d'autres dimensions à celui-ci. Le mot est une image, un son, et tous les autres aspects émotionnels.

- Nathalie Le Gall, avez-vous pratiqué d'autres disciplines des arts plastiques que le dessin et la peinture ?

- La céramique, la sculpture en céramique, le théâtre en amateur, la danse.

EXPOSITION - EXHIBITION

Nathalie Le Gall, Chapitre II, La publication

- Nathalie Le Gall, pourriez-vous nous évoquer votre toute première exposition ?

- Une galerie à Montpellier... elle n'existe plus maintenant... j'y ai exposé des peintures sur le thème de la science-fiction.

- En gardez-vous de bons souvenirs ?

- Oui...l'événement à été répercuté par un excellent article de presse et il y avait plein de monde au vernissage.

- Nathalie Le Gall... avant la publication de vos premières illustrations, en avez-vous proposé à des revues ?

- Oui, sur Paris.

- Comment l’avez-vous vécu ?

- Il fallait connaître et présenter son book à tout bout de champ. Dans les années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, les grandes boîtes de pub étaient phénoménales. J'étais en freelance à faire des travaux très différents... maintenant j'en profiterais beaucoup plus, en y repensant, la jeunesse a ses torts...

- Avant votre première exposition, connaissiez-vous d’autres artistes peintres, des galeristes ?

- Oui, je connaissais et travaillais avec un photographe, des sculpteurs, des graphistes, mosaïstes, mouleurs et décorateurs sur Paris.

- Nathalie Le Gall... illustratrice... connaissiez-vous des édit.eur.rice.s, des auteur.e.s ou toute personne qui travaillait dans le monde du livre et de la communication écrite ?

- Oui, aussi.

- Comment vous est venue l’idée de vous exposer ?

- J'avais besoin de développer la partie « peintre » en moi.

- Nathalie Le Gall... combien de temps s’est-il écoulé entre le moment où vous avez eu suffisamment d’œuvres prêtes et le moment où vous avez décidé de faire des démarches pour les exposer ?

-En posant la question à l'envers : un an.

- Est-ce que, quand vous peignez... quand vous dessinez... vous avez déjà en tête l’idée d'exposer ?

- Pas forcément.

- Nathalie Le Gall... qu’est-ce qui vous a poussé à exposer ?

- Quand je n'ai pas de commandes en illustration, je réalise mon travail personnel.

- Est-ce que vous trouvez que l'exposition est une étape importante ? Nécessaire ? Ou pas ?

- Dans notre monde, oui, mais dans le mien, non.

- Nathalie Le Gall... vous rappelez-vous votre sentiment lors de votre première exposition ?

- Oui, de ne pas jouer le plus mauvais rôle.

- C'est-à-dire ?

- j'étais l'invitée d'honneur.

- Aviez-vous une idée précise du type de lieu dans lequel vous souhaitiez exposer?

Quand je peignais mes « urbains » le sujet m'était anecdotique... seule m'intéressait la lumière qui émanait des tableaux à la fin du travail... et cela est anéanti par une mauvaise salle aux éclairages médiocres...

- Et pour les expositions suivantes ?

- Même combat. Amen.

- Nathalie Le Gall... comptez-vous proposer vos prochaines illustrations à des éditeurs ?

- J'ai sorti dans l'édition six ou sept illustrations en première de couverture et deux livres avec plein d'illustrations dedans, dont l'un pour Actes Sud où je me suis bien amusée à réaliser tous ces dessins sur un thème archéologique original. C'était, aussi, payé correctement...

- Cela fait plus de quarante ans que vous peignez, dessinez ; avez-vous bénéficié du soutien d’une institution, d’un club, d'une subvention, d'une quelconque aide matérielle ?

- Oui, j'ai eu des aides de différents secteurs.

- Nathalie Le Gall... à ce que j'en sais, l'illustration de revues implique un certain nombre de contraintes... avez-vous été amenée à négocier vos propres choix dans les illustrations que vous proposiez en livraison ?

- Oui, bien sûr... surtout quand ils vous les donnent à faire pour la veille... ou quand c'est techniquement irréalisable. Mais je suis là pour proposer des solutions... ça fait partie de mon travail.

- Nathalie Le Gall... au moment de votre première exposition, avez-vous eu l’occasion d’en parler publiquement ?

- Oui, j'ai toujours eu de la chance avec les journalistes.

- Comment votre exposition a-t-elle été commentée dans les médias ?

- Bien commentée.

- Nathalie Le Gall... avez-vous utilisé un pseudonyme d'artiste ?

- Mon nom n'est jamais écrit comme il faut. Je disparais des fichiers informatiques... bizarre...

Avoir le prénom le plus répandu en France dans les années soixante-dix, ça ne me dérange pas. Pas de tatouages ou de look recherché... c'est pas mon truc. Alors un pseudo d'artiste... J'ai tout de même un surnom que j'utilise dans la vie courante.

- Continuez-vous d'utiliser un pseudonyme ?

- Legal, legall, le gal, le gall et quand j'ai refait faire ma carte d'identité il y avait marqué dessus « la gal »... Mon nom devait leur évoquer une démangeaison !

- Nathalie Le Gall... exposition ? exhibition ? que diriez-vous de cette rencontre entre les deux vocables français et anglais ?

- Hum... on s'expose devant son popo de propositions devant un pot... ou bien... oui... ma BBIICHHHHE...qu'elle hinibichunnn.... vraiment... En fait rien...

LA RECONNAISSANCE

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre III, La reconnaissance

- Nathalie Le Gall... avez-vous participé à des concours d'arts plastiques ?

- Oui, plusieurs.

- Nathalie Le Gall... avez-vous reçu des prix ?

- Deux à l'école primaire... J'ai gagné un baptême de l'air avec le premier... et, pour le second... un livre sur les vins de France... J'avais 7 ans, je crois... Mais je tiens à remercier ces personnes de leur choix judicieux d'un livre qui parle de vin... pour mes parents qui en buvaient un peu c'était sympa.

Sans commentaires... fermez la parenthèse... c'est précisément à ce moment-là que j'ai su que le métier de peintre illustrateur, ça ne serait pas de la tarte !

En fait on a tout ou rien et c'est ce qui s'est vraiment passé dans ma vie. J'ai gagné d'autres prix plus tard qui ont bien boosté mon carnet d'adresse !

- Nathalie Le Gall... avez-vous eu l’occasion d’être invitée en tant qu'artiste peintre à l’étranger ?

- Non pas encore, mais dans quelques temps sûrement.

- Certaines de vos illustrations, de vos peintures, ont-elles été intégrées à des collections privées médiatisées, dans des musées et autres lieux culturels publics ?

- Oui, « l'affiche officielle de la coupe du monde de football France 98 » est présentée dans des rétrospectives, à Paris, au musée de l'immigration et dans de grandes expositions parisiennes aussi.

Mes commandes en illustrations sont représentées à l'Unesco, la Villette, Bagatelle et dans le monde.

- Nathalie Le Gall... à propos de votre affiche coupe du monde 98, vous avez alors déclaré qu'« une affiche vit dans le temps, elle doit se situer entre la pub et l’œuvre d’art ». Pourriez-vous préciser votre intention ?

- J'ai pris des risques dans la représentation de l'affiche de la coupe du monde en recréant un stade abstrait avec des joueurs en forme de petits points sur un terrain dessiné comme par un enfant.

Tout le monde avait fait des gros ballons avec des octogones très techniques en perspective ou des joueurs en action, la jambe en l'air, qui tapaient dans le ballon avec violence.

Mon affiche ressemblait à un composant électronique, un satellite.

J'avais délibérément mis l'accent sur le public et le terrain simple que l'on trace rapidement sur une plage, par exemple, pour jouer ensuite. À l'époque, Platini avait défendu mon projet car cela lui rappelait le terrain de foot des enfants du monde entier et le sien aussi.

- Nathalie Le Gall... gagnez-vous de l’argent avec votre activité ou vous coûte-t-elle plus qu’elle ne vous rapporte ?

- Cela dépend des moments mais tant que l'on peut payer ses factures, après on peut aller à la plage ou au zoo... c'est gratuit ici. Mais parfois on laisse la tente de camping et on part beaucoup plus loin... il faut en profiter pour voir le monde. J'aime bien les deux et j'ai peu de contraintes familiales.

SOCIABILITÉ ARTISTIQUES

Photographie Nathalie Le Gall chapitre IV, Sociabilité artistique

- Nathalie Le Gall... vous avez des amies, des amis qui peignent, illustrent... Plutôt des hommes ? ou des femmes ?

- Les femmes sont toujours beaucoup plus représentées... je pense que cela rassure tout le monde... ça va aussi avec la jeunesse, le charme, les courbes, la féminité... Tout dépend de la représentation aussi... Les hommes on les habille.

- « Les hommes on les habille »... c'est-à-dire ?

- Les hommes d'un certain âge ont du mal à regarder des hommes nus ; je l'ai vu dans le dessin ; ils préfèrent dessiner des femmes.

Par contre, pour les jeunes dessinateurs hommes ce n'est pas du tout un problème.

Les femmes aiment dessiner les deux sexes sans trop de problèmes.

Bon, les hommes, de toute façon, sont plus difficiles à dessiner c'est sûr !

- Nathalie Le Gall... faites-vous partie d’un cercle, d’une association d’artistes ?

- Oui, l'association des Briscarts à Montpellier.

- Nathalie Le Gall... y tenez-vous un rôle particulier ?

- Non... j'ai juste réalisé leur logo mascotte... un petit chien.

- Nathalie Le Gall... est-ce que le fait de faire partie d’un tel regroupement vous aide à vous donner une visibilité, à mieux faire la promotion de votre activité, à avoir accès à des fonds, à participer à des événements publics ?

- Oui, tout à fait, et l'équipe y est très dynamique.

- Nathalie Le Gall... est-ce que vous avez déjà initié un ou des événements publics, des conférences, des colloques, des expositions ?

- Avec des groupes, oui, seule dans mon atelier ou à l'extérieur.

- Nathalie Le Gall... avez-vous des ami.e.s ?

- Oui.

- Nathalie Le Gall... quand et comment les avez-vous rencontré.e.s ?

- Avec le temps à Montpellier. Et sur la toile... où je suis quelques personnes à l'étranger. Mais je ne suis pas du genre à avoir pleins d'anciens copains de faculté... ha !ha !

- Nathalie Le Gall... quand et comment les voyez-vous ?

- On se voit pour faire la fête et on part parfois en vacance ensemble aussi.

- Nathalie Le Gall... est-ce que vous pouvez discuter avec ces am.i.e.s de votre activité de peinture ?

- Quelquefois.

THÈMES ET STYLES DES ŒUVRES

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre VI, Thèmes et style des oeuvres

- Nathalie Le Gall... pouvez-vous me parler en quelques mots des thèmes que vous aimez aborder dans votre peinture, vos illustrations ?

- Ça dépend des moments... je suis toujours obsédée par la lumière qui en découle, de la couleur... des villes, des chantiers et des docks, des champs de blé, des zones industrielles entourées de champs... comme ceux de mon enfance.

Pour les pastels, des sujets humains avec décors et mises en scène et cadrages.

Par exemple, j'aime bien des thèmes puisés dans la Divine Comédie... très complets pour moi.

Des séquences en mouvement, des souvenirs... j'ai réalisé aussi beaucoup de montage/collage avec des scénettes et personnages de notre monde actuel.

- Nathalie Le Gall... vos peintures sont-elles d’un style particulier, se rattachent-elles à un mouvement artistique ?

- Non. Je passe du coq à l'âne. C'est ma nature. J'arrive à approfondir chaque style car je suis bosseuse.

- Pouvez-vous dire quelques mots du thème, du style ou de l’histoire de l'une ou de plusieurs de vos peinture/s et/ou illustration/s ?

- J'aime travailler par séries car j'ai toujours un foisonnement d'idées. J'ai des techniques et des thèmes très différents mais on reconnaît souvent un fil conducteur, la couleur... et pour cela, je vais vous parler de techniques.

Maintenant, le pastel m'intéresse beaucoup plus que la peinture car je peux penser et confectionner mes propres tons... je fabrique des couleurs que je ne trouve nulle part avec des « matériaux pigments » que j'ai sélectionnés pour cela dans mon atelier ou que je ramène de voyage, dernièrement du désert.

Le dessin et la couleur, l'alliance des deux est grisante. Je travaille avec 80% de couleurs pures au lieu des 40% en peinture seule.

Techniquement captivant pour ma pupille car j'ai beaucoup de ces couleurs... beaucoup de choix.

Le pastel reste de la peinture... Mes supports sont traités en couleurs avant d'y installer les motifs avec mes bâtonnets de poudres colorées... je travaille donc en interaction avec le support qui reçoit ces poudres.

Je dois anticiper pour obtenir ce que je veux et réfléchir pas mal de coups à l'avance. L’œuvre est pensée du début jusqu'à sa finalisation.

Au début, autour de mes vingt ans, j'ai appris la mosaïque, en création et restauration, dans des ateliers privés, chez les artistes mais aussi perchée sur les hauteurs d'une basilique.

Mes goûts pour la couleur « solide » viennent de là... mais aussi d'avant la mosaïque quand, dans ma petite enfance, je travaillais avec les papiers découpés. J'ai beaucoup réalisé de montages/découpages pour mes travaux artistiques personnels dans les années deux mille.

- Nathalie Le Gall... la narration picturale se passe-t-elle parfois à une époque et/ou dans un lieu particulier ?

- Oui... j'ai des périodes selon les lieux de mon atelier.

- Nathalie Le Gall... est-ce que vous avez peint des œuvres pour témoigner de quelque chose en particulier ?

- Une fois, pour un thème sur l'immigration, j'ai réalisé des portraits qui ont été exposés à la Maison Internationale de Montpellier, avec d'autres artistes.

SOCIALISATION FAMILIALE

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre VI, Socialisation familiale

- Nathalie Le Gall... où êtes-vous née ?

- À Paris.

- Où avez-vous vécu ?

- En région parisienne, à Paris et dans le sud de la France.

- Nathalie Le Gall... est-ce que vous pouvez nous parler de vos familles paternelles et maternelles, de votre enfance, de vos parents, de vos frères et sœurs ?

- Je suis la quatrième et dernière enfant de la fratrie. J'ai deux grands frères et une sœur. Mon père était ingénieur et ma mère secrétaire de direction. J'ai passé toutes mes vacances, été, printemps, automne, hiver en Bretagne chez mes grands-parents paternels.

- Quelle place l'art, les métiers artistiques occupaient-ils chez vos parents ?

- Une place importante... ils nous emmenaient souvent dans les musées mais aussi voir d'autres merveilles tout en nous baladant.

- Vos parents avaient-ils, ont-ils des œuvres d'art chez eux ?

- Oui.

- Nathalie Le Gall... vos parents, s’intéressaient-ils à vos dessins, vos peintures ?

- Oui bien sûr.

- Aviez-vous peur que le fait que vous peigniez soit mal perçu ?

- Aucunement.

- Nathalie Le Gall... vous a-t-on encouragée ou au contraire découragée à peindre ?

- Tout le monde m'a encouragée.

- Nathalie Le Gall... vos parents s’intéressaient-ils à vos travaux scolaires ? Lesquels ?

- Oui... à mes devoirs.

- Nathalie Le Gall... y avait-il des analphabètes dans vos deux familles ?

- Non.

- Nathalie Le Gall... Connaissiez-vous des artistes peintres, des artistes, quel que soit leur champ d'activité, dans votre entourage familial ?

- Ma mère travaillait le pastel en réalisant des chevaux. Un jour elle m'a donné sa boîte de pastels Sennelier. Je les utilise encore. Mon grand-père maternel était très créatif.

- Quelle relation aviez-vous avec ces personnes ?

- Bonnes.

- Nathalie Le Gall... que faisiez-vous de votre temps libre ?

- J'aimais bien observer les choses de la nature car j'avais un microscope et je m’intéressais à la biologie et à la cosmologie.

- Nathalie Le Gall... aviez-vous plutôt des amis garçons ou filles ?

- Plutôt filles.

SOCIALISATION SCOLAIRE

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre VII, Socialisation scolaire

- Nathalie Le Gall... pouvez-vous me raconter votre parcours scolaire et vos choix d'études ?

- après la troisième... Un brevet technique non abouti à l'école rue Madame à Paris (deux ans) ensuite quelques années à travailler dans le milieu artistique, des stages, des expériences de décoratrice en équipe, des expériences en illustration.

À vingt ans, j'ai suivi un apprentissage de la mosaïque dans des ateliers privés ; la mosaïque a été mon premier centre d'intérêt et métier.

À vingt-cinq ans, je reprends les études à l'école des beaux-arts de Montpellier (j'ai fait deux ans avec une prépa, avant, d'une année), je ne possède aucun diplôme, par contre je travaille assidûment la peinture et le dessin depuis l'âge de dix ans, j'en ai presque quarante-huit.

Mes choix ont toujours été vers une orientation artistique.

- Au lycée, y avait-il des disciplines que vous préfériez à d’autres ?

- Au lycée technique, j'aimais la plupart des parties artistique ; à l'époque, cela représentait au total vingt heures de cours hebdomadaires.

- Nathalie Le Gall... au lycée, y avait-il des disciplines que vous n’aimiez pas du tout ?

- Le reste... la partie scolaire... j'avais de très mauvaises notes... j'étais découragée car je n'avais malheureusement pas acquis les bases.

- Au lycée, quelles relations aviez-vous avec vos enseignant.e.s ?

- Très bonnes.

- Nathalie Le Gall... vous avez été élève des beaux-arts de Montpellier... quelles étaient vos relations avec vos enseignant.e.s ?

- Très bonnes aussi.

- Nathalie Le Gall... aux beaux-arts, quels étaient les domaines, exercices que vous préfériez ?

- J'appréciais pratiquement tous les cours.

- Ceux que vous détestiez ?

- L'informatique.

- Nathalie Le Gall... avez-vous eu des prix de fin d’année quand vous étiez à l’école, au lycée ?

- Oui.

- Avez-vous participé à des concours de dessin quand vous étiez à l’école, au lycée, aux beaux-arts ?

- Oui.

- Nathalie Le Gall... y avait-il une revue au lycée ? aux beaux-arts ?

- Non.

- Avez-vous eu une bourse pour vos études ?

- Oui. Une petite bourse avec laquelle j'ai acheté un bel appareil photo Nikon F8 d'occasion.

VIE PROFESSIONNELLE

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre VIII, Vie professionnelle

- Nathalie Le Gall... en dehors de votre activité professionnelle d’artiste peintre et illustratrice, est-ce que vous avez travaillé dans d'autres domaines ?

- Oui... des trucs d'étudiants classiques. Mais pas autant que ça.

- Nathalie Le Gall... avez-vous d'autres sources de revenus que ceux de votre activité artistique ?

- Je donne quelques cours à des particuliers mais je considère que c'est une activité artistique.

- Est-ce que vous voyez et vivez votre quotidien comme complémentaire, compatible avec votre activité artistique ?

- Oui, toujours.

- Nathalie Le Gall... aspirez-vous ou avez-vous déjà aspiré à vivre uniquement de votre peinture ?

- Quand je peignais mes paysages à l'huile six à sept heures par jour, je n'avais plus de vie sociale. Il me faut varier les choses artistiques. Le pastel ne me fait pas cet effet par contre... si je ne fais pas de pastel, je fais de l'aquarelle. Je verrai bien mais si ça tourne comme cela c'est bien aussi.

- Nathalie Le Gall... y a-t-il des moments précis où vous peignez ?

- À la lumière du jour si possible, le matin et en début d’après-midi.

- Nathalie Le Gall... peignez-vous régulièrement ou pas vraiment ?

- Régulièrement ou par phases, ça dépend.

- Vous est-il déjà arrivé de rester longtemps sans peindre ?

- Non, je fais toujours quelque chose d'artistique.

- Nathalie Le Gall... trouvez-vous que vous manquez de temps pour peindre ?

- Non, je m'arrange.

- Où peignez-vous ? Disposez-vous d'un ou plusieurs espaces ? pour peindre ? Pour illustrer ?

- Dans mon atelier du Singe Vert.

- Nathalie Le Gall... quelle est, dans vos travaux, la part du travail sur ordinateur ? Y passez-vous beaucoup de temps ?

- 5 à 10% pour mon travail perso mais bien plus pour les commandes d'illustrations.

- Quels travaux réalisez-vous sur votre ordinateur ?

- Des illustrations en commandes et des préparations pour mes pastels.

- Nathalie Le Gall... le travail sur ordinateur vous est-il agréable ou simplement un passage obligé ?

- C'est pratique. C'est tout.

- Votre ordinateur vous sert-il à d'autres tâches liées à votre activité ?

- Pour des tâches classiques.

VIE CONJUGALE

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre IX, Vie conjugale

- Nathalie Le Gall... vivez-vous ou avez-vous vécu en couple ?

- Je vis avec Pierre, mon compagnon.

- Comment avez-vous rencontré votre dernier conjoint ?

- Par d'autres amis.

- Êtes-vous ou avez-vous été mariée ?

- Non, pas encore.

- Nathalie Le Gall... pourriez-vous nous parler des relations que vous avez pu avoir avec vos conjoint.e.s, leurs professions, s'ils ou elles s’intéressaient à la peinture ou à l’art plus généralement ? S'ils ou elles avaient une activité artistique ?

- J'ai de la chance... Pierre aime voyager et aller dans tous les musées d'arts. Il aime l'histoire de l'art aussi. Nous avons beaucoup voyagé dans le monde pour voir de l'art sous toutes ses formes.

- Nathalie Le Gall... est-ce que vos conjoint.e.s ont constitué ou constituent pour vous un soutien ou plutôt une barrière ?

- Un grand soutien, oui.

- Si le/la conjoint.e est aussi artiste, pensez-vous que cela constitue pour vous un atout ?

- Je ne sais pas.

- Nathalie Le Gall... vous n'avez pas d'enfants... est-ce un choix délibéré ?

- Je n'ai pas pu résoudre cette équation.

- Notre ami Pierre Belleney déclare dans son entretien qu'il adore les chat.te.s et déteste les chien.ne.s... voici venu le temps de compléter sérieusement mon profil... ajoute-t-il... préférez-vous les chien.ne.s ou les chat.te.s ?

- Les deux sont sympas.

- Nathalie Le Gall... vos animaux de compagnie ont-ils un rôle important dans votre créativité, négatif, positif ?

- Non, pas de rôle.

- Pendant ce temps... que font vos chats ?

- Ils glandent comme d'habitude.

- Et votre compagnon ?

- Il fait sa vie en vaquant à ses occupations.

- Nathalie Le Gall... vous utilisez un espace de la maison pour votre activité d'illustratrice... est‑ce que vous avez l’impression que ces moments de travaux sont respectés par votre conjoint, par vos animaux de compagnie ?

- Oui ça va. Un peu de poil à enlever et quelques petites baffes gentilles pour enlever les chats étalés sur le bureau, c'est tout.

- Avez-vous le sentiment d’être souvent interrompue dans votre activité artistique ?

- Non, si je prends les mesures qu'il faut. Je me lève à cinq heures du matin régulièrement. À neuf heures trente, j'ai déjà trois heures et demie de travail derrière moi. Je me couche vers onze heures. Je peux récupérer facilement en une demi-heure. Le matin je suis tout de suite opérationnelle.

- Nathalie Le Gall... avez-vous traversé des périodes de conflits dans votre couple ?

- Non.

DE LA MÉDIUMNITÉ DE L'ARTISTE

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre X, De la médiumnité de l'artiste

- Nathalie Le Gall... dans quel état êtes-vous quand vous peignez ? Êtes-vous dans un état de transe... quelque chose qui aurait un rapport au spirituel ?

- Oui, la notion de temps est différente et l'on éprouve parfois des moments de grâce ; maintenant, je travaille debout.

Quand je dessine au Louvre, pendant trois ou quatre heures d'affilée, je n'ai jamais les jambes fatiguées, mais si je veux observer plusieurs salles, je suis épuisée...

- Nathalie Le Gall... ressentez-vous, par votre peinture, vos choix de couleurs, vos illustrations, la nécessité de transmettre un message spirituel ?

La couleur est sûrement spirituelle, mais mes sujets ne le sont pas forcément.

Je peux tendre vers un travail d'art sacré... oui, c'est intéressant.

Quand on étudie les couleurs, on se rend compte qu'elles sont particulièrement instables, car nous n'en avons pas tous la même perception.

Les couleurs se modifient au voisinage d'autres couleurs ; elles interagissent car notre cerveau perçoit leurs inversions : avec le jaune, il percevra le violet, avec le bleu, l'orange, avec le rouge, le vert... une histoire de complémentarité.

Il me plaît de penser que je travaille avec les fréquences du spectre chromatique.

Fabriquer les couleurs avec de la peinture ou superposer des couches de pastel pour arriver à la teinte est une extension de moi-même comme les musiciens avec les sons.

Oui, il y a quelque chose d'immatériel dans les couleurs, et je « pense couleur ».

Si vous voulez tout savoir, pour moi, elles ont une forme de vie.

- Vos peintures, vos illustrations, comportent-elles des éléments écrits ou/et calligraphiés explicites ?

- Non.

- Nathalie Le Gall... vos peintures, vos illustrations, comportent-elles des éléments écrits ou/et calligraphiés en des langues inconnues ?

- non

- Nathalie Le Gall... vous êtes-vous déjà autorisée à pratiquer le street art, en dehors de manifestations organisées et légalement reconnues ?

- Non, c'est pas mon truc.

- En tant qu'artiste, comment percevez-vous le street art ?

- Le street art jalonne ma vie depuis longtemps ; quand je prenais le train de banlieue, les graphs défilaient comme une BD, d'une station à l'autre.

Sur de très longues distances, ils habillaient les murs qui bordaient la voie ferrée. Avec le temps, de nouvelles peintures se superposaient aux plus anciennes.

Un majestueux serpent urbain est né ; il engloutissait des mètres de mur, affamé et dévorant.

Il y avait quelque chose de vivant dans tout cela... dans ces murs sauvages de chairs aux mues de couleurs en lambeaux.

Le serpent parlait, mots, phrases, cris dans le vide. On ne pouvait les lire, à cause de la vitesse, que seulement au bout de quelques trajets. Ça nous sortait un peu de notre torpeur.

Depuis, la bête est devenue beaucoup moins sauvage.

- Nathalie Le Gall... j'ai plusieurs fois eu l'occasion de rencontrer des personnes qui font vivre un véritable cauchemar à l'artiste qui vit en elles... qui ne veulent pas l'entendre ! Est-ce que vous censurez cet être intérieur qui parle en vous... est-ce que vous vous censurez ?

- Non, pas vraiment.

ENGAGEMENT POLITIQUE

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre XI, Engagement politique

- Nathalie Le Gall, êtes-vous affilié à un syndicat, un parti politique ?

- Non.

- Était-ce le cas par le passé ?

- Non.

- Envisagez-vous de le faire ?

- Non.

- Connaissez-vous des gens qui appartiennent à des associations, syndicats, partis politiques ?

- Oui.

- Avez-vous un engagement féministe ?

- Non, mais je respecte ces engagements.

- Avez-vous, avez-vous eu, des féministes parmi vos ami.e.s et proches ?

- Oui.

- Lisez-vous des écrits féministes ?

- Parfois.

- Nathalie Le Gall... est-ce que la politique faisait partie des discussions dans votre famille ?

- Oui.

- Qui parlait politique ?

- Principalement, ma mère.

- Nathalie Le Gall... avez-vous des proches qui militent ou qui ont milité ?

- Oui.

- Pensez-vous que l’artiste a un rôle particulier à jouer dans la société ?

- Oui et il l'a toujours fait.

- Nathalie Le Gall... comment peut se concrétiser votre propre rôle ?

- Par une affiche par exemple.

- Nathalie Le Gall... êtes-vous pratiquante ?

- Non... J'ai un univers intérieur important. J'aime bien être avec moi-même et les autres. Je cultive ce genre d'énergie au fil des années. L'art est une forme de méditation.

- Quelle place la religion tenait-elle chez vos parents ?

- Aucune.

- Nathalie Le Gall... j'ai eu l'occasion de me rendre sur l'installation de Bob et Roberta Smith, à la Panacée, l'une des salles du MoCo ou Montpellier Contemporain. J'y ai vu un panneau de bois peint sur lequel il était écrit en anglais que toutes les écoles devraient être des écoles d'art...

De quelle manière abordez-vous, dans votre propre pratique artistique, ce sujet de réflexion collective de la pratique artistique comme pratique sociale, comme inhérente à l'humanité, indépendante de tout marché et des échanges monétaires, de toute tutelle de propriété, de toute obligation de contrainte à un régime politique ?

- Je ne pense pas à tout cela mais j'essaie de transmettre de bonnes choses que j'ai découvertes dans mes propres expériences artistiques.

- Nathalie Le Gall... l'art est-il un espace dans lequel chacun.e peut devenir qui « il/elle est » ?

- Je ne sais pas. Vraiment on peut devenir qui on veut partout ; non, ce n'est pas seulement avec l'art.

- Nathalie Le Gall... pensez-vous, qu'avec le temps, toutes ces années de pratiques artistiques, vous parvenez à trouver un repos de l'être, votre être artiste, totalement assumé, devenu ce qu'il est ?

- Oui, avec le temps et le professionnalisme tout cela devient plus clair et plus simple. On est moins dur avec soi-même, et on a toute la vie pour s'expérimenter.

- Nathalie Le Gall... cette question est volontairement très binaire... l’épanouissement individuel améliorerait-il les rudesses de l'organisation sociale ? Ou les rudesses de l'organisation sociale détérioreraient-elles l'épanouissement individuel ?

- Les deux.

- Vous pratiquez la peinture de nu, employez des modèles et animez un atelier de modèle vivant... en analyse marxiste, le salaire ramène le corps au stade d'une marchandise... qui a une valeur fluctuante sur un marché dit du "travail"... exprimé avec précision, cette forme d'échange indirect par l'intermédiaire d'une monnaie se nomme la réification du corps... avez-vous quelques remarques à faire à ce sujet ?

- L'atelier ne paie pas ses modèles en monnaie de singe.

LE CINÉMA, LA MUSIQUE, LA MÉDIATISATION

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre XII, Le cinéma, la musique, la mediatisation

Scène du film "La Route"

- Nathalie Le Gall... aimez-vous aller au cinéma ?

- J'aime aller au cinéma Diagonal.

- Qui sont vos réalisatrices et réalisateurs préféré.e.s ?

- Jim Jarmusch, Stanley Kubrick, Woody Allen, Peter Greenaway, David Lynch, Xavier Dolan, Claude Chabrol, Agnès Varda... et tant d'autres.

- Nathalie Le Gall... quel film vous a le plus troublée ?

- La route... de John Hillcoat.

- Pourquoi ?

- On n'est pas loin de la réalité de la destruction de l'humanité. On se sent proche de ça. On se rend compte que ça peut arriver.

- Nathalie Le Gall... avez-vous eu... auriez-vous... envie...de réaliser un film ?

- Oui.

- Aimez-vous ou aimeriez-vous vous exprimer par la photographie ?

- Oui.

- Nathalie Le Gall... pensez-vous qu'il y ait d'infinies connexions entre photographie et peinture ?

- Non... plutôt entre le cinéma et la peinture. Quand j'ai vu « Juste à la fin du monde » de Xavier Dollan j'ai compris que c'est encore de la peinture qui est là, elle a juste changé de forme. Un Caravage au futur par exemple.

- Nathalie Le Gall... la musique a-t-elle une importance dans votre créativité ?

- Non.

- Avez-vous déjà réalisé ou envisagé une installation qui réunirait peinture, écriture, photographie, musique, vidéo ou au moins deux de ces approches ?

- J'aimerais bien réaliser quelque chose dans ce genre.

- Nathalie Le Gall... avez-vous eu la possibilité d'investir un espace public dans le cadre d'une manifestation très médiatisée... je dirais, populaire... en dehors des réseaux habituels, des galeries... et autres lieux consacrés ?

- Oui, en illustration, dans le cadre de la Coupe du Monde de football 98. La mairie de Montpellier m'avait commandé de grandes bâches suspendues, des kakémono, pour « le Village » installé sur l'Esplanade.

En 2010, à Montpellier, j'ai également créé quarante illustrations pour l'exposition « Mundiamediterra » organisée par le Cirad, au Corum, dans le cadre du séminaire du GCARD.

- Nathalie Le Gall... avez-vous disposé d'un budget conséquent ?

- Oui.

- Avez-vous eu la possibilité de maîtriser l'ensemble de la chaîne de la construction de la manifestation, des matériaux utilisés, de la nature de la médiatisation, de l'affichage ?

- Non.

- Artistiquement parlant, vous a-t-il été possible de vous exprimer pleinement ? Avez-vous rencontré des freins ? Si oui... de quelle nature étaient ces blocages ?

- Il y a souvent des freins techniques et budgétaires.

- Avez-vous été alors contactée par des média à grande diffusion ?

- Oui.

- Quelles en ont été les retombées, négatives, ou positives, dans votre vie professionnelle ultérieure ?

- Positives.

- Nathalie Le Gall... renouvelleriez-vous une telle expérience ?

- Oui.

- Qu'accepteriez-vous comme contraintes... ou pas... si cela était le cas ?

- Je ne sais pas.

LA NUDITE

Photographie Nathalie Le Gall, Chapitre XII, Le cinéma, la musique, la mediatisation

- Nathalie Le Gall... vous enseignez le dessin et la peinture. n'est-ce pas compliqué de pratiquer la peinture tout en l’enseignant ?

- Non.

- Nathalie Le Gall... sur votre site internet, et à votre atelier, l'Atelier du Singe Vert, vous proposez un certain nombre de cours dont un de modèle vivant... l’étude du nu masculin et féminin... quand avez-vous, pour la première fois, été vous-même dans cette situation modèle/artiste ?

- À quatorze ans, ma mère m'a accompagnée pendant deux ans pour que je puisse pratiquer cet art. C'était sur Paris... on faisait 80 km pour aller à la séance, ce sont de bons souvenirs. Elle dessinait aussi le modèle.

- Nathalie Le Gall... quelles étaient vos motivations ?

- Apprendre à dessiner le nu.

- Nathalie Le Gall... lorsque vous évoquez cette activité de modèle vivant dans votre entourage, auprès de vos ami.e.s... quelles sont les réactions que vous rencontrez le plus souvent ?

- Des silences.

- Nathalie Le Gall... seule, cela ne vous gêne-t-il pas de vous retrouver à l'atelier, devant une personne nue ?

- Pas du tout.

- Nathalie Le Gall... comment le groupe des élèves réagit-il ? La première fois qu'il se retrouve devant un homme nu ? devant une femme nue ? par la suite ?

- Des silences.

- Nathalie Le Gall... vous posez-vous... le groupe se pose-t-il... la question de la souffrance physique du modèle engendrée par la tenue de la pose ?

- Tout le temps.

- Nathalie Le Gall... vos modèles ont-ils/elles un "profil" social particulier ?

Par exemple, être eux/elles-mêmes artistes, issu.e.s de familles d'artistes, de la scène, du cinéma, de la photographie, naturistes, culturistes... ont-ils/elles un père ou une mère modèle, travaillant dans le mannequinat, le milieu de la mode, de la couture ?

- Oui tout cela, étudiants aussi, chômeurs, danseurs, acrobates.

- Nathalie Le Gall... vos modèles assument-ils pleinement leur activité auprès de leurs familles, de leur couple, de leurs ami.e.s ?

- Pas toujours.

- Lors de la séance, à quel moment la question se pose-t-elle des "accessoires" à la nudité (bijoux, étoffes, objets divers) ?

- À l'avance par téléphone.

- Nathalie Le Gall... vos modèles proposent-ils des idées de poses ? d'accessoires ?

- Oui parfois.

- Les acceptez-vous ?

-Oui, et quelquefois non.

- Nathalie Le Gall... votre comportement avec vos modèles est-il différent lorsque vous êtes en cours avec vos élèves ?

Non.

- Vos modèles ont-ils des "rites" avant d'entrer en scène... respiration et autres formes de détentes physiques et mentales ? gestes, actions ?

- Oui... concentration, respiration, étirement.

- Et vous-même... Nathalie Le Gall... avez-vous vos propres rites avant de vous installer devant un modèle ?

- Pas vraiment.

- Le groupe d'élèves a-t-il, lui aussi, des rites avant l'entrée en scène du modèle ?

- Non.

- Nathalie Le Gall... réagissez-vous différemment face à un homme ? face à une femme ?

- Non.

- Nathalie Le Gall... vous arrive-t-il de vous retrouver en état d'érotisation devant un modèle ?

- Oui... et c'est une émotion très belle et puissante mais je fais en sorte de respecter et de ne pas déranger le modèle.

- Nathalie Le Gall... comment ressentez-vous ce moment où un homme, nu devant vous, "obéit" à votre demande : position du corps, mouvements à réaliser avant d'arriver à cette position que vous désirez ?

- C'est dans un contexte de travail, il n'y a pas d'ambiguïté. Quand on se met à dessiner c'est tout à fait différent, on ne voit plus la nudité, on voit de la géométrie spatiale.

- Nathalie Le Gall... comment ressentez-vous ce moment où une femme, nue devant vous, "obéit" à votre demande : position du corps, mouvements à réaliser avant d'arriver à cette position que vous désirez ?

- Idem

- Nathalie Le Gall... les modèles ont-ils régulièrement un temps de repos durant la séance de pose ?

- Régulièrement... non, il peuvent à tout moment arrêter une pose, je ne suis pas très exigeante. Je leur demande toujours s'ils se sentent à l'aise dans l'atelier.

Un modèle sent toujours un voyeur même s'il pose de dos.

- Nathalie Le Gall... que font vos modèles au moment de la pose ?

- Ils boivent de l'eau car poser leur donne souvent soif. Ils s'étirent comme des chats et s'allongent pour se détendre les muscles. Ils regardent les dessins réalisés.

À la pause thé, on mange des gâteaux... c'est sympathique, bon enfant.

Les modèles sont toujours contents de travailler avec moi et ils espèrent se voir dans le grand pastel que je réalise.

- Nathalie Le Gall... Ce temps de repos vous déconcentre-t-il ?

- Pas du tout.

- Nathalie Le Gall... comment se passent les échanges de regards durant la pose ?

- En général les modèles regardent ailleurs, pas de gêne.

- Nathalie Le Gall... Ces échanges de regards sont-ils différents selon que le modèle est féminin ou masculin ?

- Non.

- Nathalie Le Gall... remarquez-vous... vous-même... ces relations de regards entre le modèle et vos élèves ?

- Non jamais.

- Êtes-vous amenée à temporiser des tensions qui peuvent naître entre un.e élève et le modèle ?

- Oui. Mais c'est très rare. Heureusement.

- Nathalie Le Gall... j'ai eu l'occasion de voir les tableaux d'Egon Schiele exposés au Belvédère, à Vienne, en Autriche ; les cartes postales de Schiele, comme celles de Gustav Klimt pullulent dans le monde entier... Pouvez-vous, dans le strict cadre de la peinture et du dessin de nus, nous dire quelques mots au sujet de la beauté et de la laideur du corps... ce vieux clivage peut-être judéo-chrétien... mais, dans tous les cas, toujours présent dans les débats... malgré cet engouement impressionnant pour Schiele et Klimt ?

- La collection érotique de Schiele est une ode aux corps amoureux, à la sensualité, aux mondes des vivants, au plaisir mais aussi à celui de la souffrance..., de la maladie, de l’amputation et de la mort finale.

En 1914, c'était sûrement très difficile de vivre dans ce cauchemar permanent.

Ce sont des peintres qui ont regardé les choses de la vie bien en face. Schiele a travaillé beaucoup et très vite car il devait sentir le drame de sa ligne de mort et de celle de sa compagne enceinte de six mois.

Il laisse son temps de vie et, du même coup, par son travail, son immortalité.

Il laisse le rouge aux joues de ses modèles, leur jeunesse efflanquée à la chevelure flamboyante, leurs poses si sophistiquées et modernes.

Schiele se mutile, enlève tout principe d’esthétique dans ses autoportraits.

Klimt est un peintre « décorateur » fabuleux aux commandes d’État qui marque son époque avec ses trilogies féminines du temps qui passe.

- Nathalie Le Gall... vous avez suivi très probablement l'affaire de la diffusion sur FaceBook d'une photographie du tableau de Gustave Courbet, L’origine du monde...

Cette citation est extraite de la page Standards de la communauté Facebook, au chapitre :

"Nous limitons l’affichage de scènes de nudité et d’activités sexuelles, car certaines personnes au sein de notre communauté peuvent être sensibles à ce type de contenu. En outre, nous supprimons par défaut les images de nature sexuelle pour empêcher le partage de contenus montrant des actes non consentis ou des mineurs. Les restrictions sur l’affichage d’activité sexuelle s’appliquent également au contenu créé numériquement, sauf si le contenu est publié à des fins pédagogiques, humoristiques ou satiriques.

Avec le temps, nous avons adapté nos règlements relatifs à la nudité. Nous comprenons que les contenus montrant des scènes de nudité peuvent être partagés pour diverses raisons, notamment dans le cadre d’une protestation, pour sensibiliser à une cause, ou à des fins pédagogiques ou sanitaires. Par conséquent, nous acceptons les contenus respectant de tels motifs. Par exemple, alors que nous limitons certaines images de la poitrine féminine qui montrent le mamelon, nous autorisons d’autres types d’images, notamment celles illustrant des actes de protestation, des femmes défendant activement l’allaitement ou des cicatrices de mastectomie. Nous autorisons également les photos de peintures, sculptures et autres œuvres d’art illustrant des personnages nus.

Ne publiez pas :
Des images montrant ce qui suit:

Des corps d’adultes réels nus, où la nudité se définit comme des parties génitales visibles, hors contexte d’accouchement ou de moments post-accouchement, ou de situations liées à la santé (par exemple, opération de réassignation sexuelle, auto-examen des parties génitales à des fins de dépistage du cancer ou prévention/diagnostic de maladie)

Un anus visible et/ou un gros plan sur des fesses entièrement exposées, sauf s’il s’agit d’un montage sur une personnalité publique
Des mamelons de femme découverts, sauf lorsqu’il s’agit d’images illustrant l’allaitement, les moments pendant et après l’accouchement, des interventions dans le domaine médical (par exemple, mastectomie, sensibilisation au cancer du sein ou chirurgie de réattribution sexuelle) ou un acte de protestation

Des activités sexuelles, notamment des rapports sexuels explicites montrant une bouche ou des parties génitales entrant en contact avec les parties génitales ou l’anus d’une autre personne où, au moins, les parties génitales de l’une des personnes sont exposées;

Implicites montrant une bouche ou des parties génitales entrant en contact avec les parties génitales ou l’anus d’une autre personne, même si le contact n’est pas directement visible, sauf lorsqu’il s’agit de contenus entrant dans le cadre de la santé sexuelle, de publicités, ou d’images fictives reconnues ou des images montrant des signes de fiction La stimulation implicite des parties génitales ou de l’anus, ou l’insertion d’objets dans les parties génitales ou l’anus, même si l’activité n’est pas directement visible, sauf lorsqu’il s’agit de contenus entrant dans le cadre de la santé sexuelle, de publicités, ou d’images fictives reconnues ou des images montrant des signes de fiction

D’autres activités sexuelles qui incluent (mais sans s'y limiter)
Une érection
La présence de substance découlant d’une activité sexuelle
La stimulation de parties génitales ou de l’anus, même si cela se déroule par-dessus ou en dessous des vêtements
L’utilisation de gadgets érotiques, même si cela se déroule par-dessus ou en dessous des vêtements
La stimulation de mamelons humains découverts
Le palpage d’une poitrine féminine exposée, sauf dans le cadre de l’allaitement

Du contenu fétichiste qui implique
Des activités susceptibles d’engendrer la mort d’une personne ou d’un animal
Un démembrement
Du cannibalisme
Des excréments, de l’urine, des crachats, de la morve, des règles ou du vomi

Du contenu digital qui, selon nous, illustre des activités sexuelles, sauf si l’une des conditions suivantes est remplie

Le contenu a été publié à des fins humoristiques ou satiriques
Le contenu a été publié à des fins pédagogiques ou scientifiques

L’image n’est pas suffisamment détaillée et montre uniquement les silhouettes d’un corps
Le contenu répond à la définition d’une activité sexuelle implicite

Un langage sexuellement explicite, défini comme une description qui dépasse la simple mention

D’un état d’excitation sexuelle
Des activités sexuelles, sauf dans un contexte humoristique, satirique ou pédagogique."

Excusez-moi pour cette longue citation extraite des « Standards de la communauté Facebook »... Ils sont inspirés directement de la législation en vigueur aux USA, législation à laquelle doit se soumettre FaceBook… ainsi que les internautes européen.ne.s...

Pensez-vous qu'il vous soit ainsi possible de diffuser des photographies de vos peintures sur FaceBook ?

- Oui, bien sur./p>

- Nathalie Le Gall... auriez-vous envie d'ajouter encore quelques mots ?

- Non... je m’arrête ici... Merci aux Éditions de l'Obsidienne!

- Nathalie Le Gall... qu'aimeriez vous comme musique pour clore cet entretien ?

- Nina Simone… l'album « At the village gate ».

Photographies: Nathalie Le Gall

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Seul le document original rédigé en langue anglaise est document de référence. Cette traduction est livrée en l'état en tant que commodité pour votre compréhension.

CRÉDITS

Les entretiens de Sarah B. Cohen sont construits sur la base du questionnaire proposé par Abir Kréfa,
Ingénieure de recherche en sociologie (ENS Lyon) et agrégée de sciences sociales.

La quête de l’autonomie littéraire en contexte autoritaire
Grille d’entretien avec les écrivains et écrivaines


Les activités littéraires

La venue à l’écriture

La publication

Reconnaissance

Sociabilités littéraires

Thèmes des œuvres

Socialisations familiale et scolaire

Vie professionnelle et conjugale

Rapport au religieux, expériences éventuelles de militantisme et de censure.

Abir Kréfa, « Annexe 2 : grille d’entretien avec les écrivains et écrivaines », Sociologie [En ligne], N°4, vol. 4 | 2013, mis en ligne le 28 janvier 2014, consulté le 23 août 2018. URL : http://journals.openedition.org/sociologie/2044

REMERCIEMENTS

Les éditions de l'Obsidienne remercient vivement Michel Malfilâtre pour son travail de correcteur méticuleux, respectueux du texte et attentif à nos propres choix car nous adhérons pleinement à cette idée que le langage constitue un levier puissant pour faire progresser les mentalités.

Vous pourrez par ailleurs trouver toutes informations au sujet depuis le site ecriture-inclusive.fr.

L'écriture inclusive désigne l'ensemble des attentions graphiques et syntaxiques permettant d'assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes.

SOMMAIRE

PLAN DE L'ENTRETIEN

Collection
Les Entretiens

n°2

Nathalie Le Gall
Sarah B. Cohen

Editions de l'Obsidienne
Montpellier
Octobre 2018

Editions de l'Obsidienne

ISBN 979-10-91874-06-9

Les Éditions de l'Obsidienne vous proposent un catalogue de textes en ligne au format HTML, PDF ou Epub (livres électroniques en format et lecture libre). Vous pouvez participer au frais de maintenance du site par dons envoyés sur notre compte Paypal. Nous vous remercions de votre visite.

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