Capoeira cover

Caporeïa

Je ne peins plus depuis de nombreuses années... Depuis douze ou treize ans. Je préfère maintenant travailler... maladroitement... ou... assez simplement... avec des images numérisées... des photos... un diaporama... rudimentaire... sans affectation technologique.

Je te propose donc de travailler notre mémoire de la révolte avec des images d'aujourd'hui des tags, illégaux des murs rageusement défoncés témoignages émouvants de la destructrice spontanéité de nos énergies aliénées.

Nous avons connu cette sorte de félicité tranquille... des nuits sans fin... de longues matinées au lit... la journée qui commençait à midi... nos corps à la peau si douce... Nous ne sommes plus... que désespérés... de n'avoir qu'une seule chose à faire... trouver à bouffer... produire, déballer, remballer, compter, payer...

Tu comprends...? T'es pas toute seule... T'es pas tout seul... à espérer que tout cela cesse...remplacé par cette légitime... séculaire... millénaire.. ivresse inassouvie amours partagés corps dénudés ou... nus... tout simplement... qui courent... dansent sous la pluie... cheveux sauvageons dans le vent.

Le réseau... notre réseau... ténu... liens... fils... cordons non linéaires... chemins de luttes quotidiennes tenaces... expérience... ...fatale aux morts-vivants... du jour qui se lève... Au-delà de cette organisation de fer qui régit notre sexualité... énergie... travail... affectivité marchandisée organisation patriarcale... machiste...

Je ne veux pas t'infliger un développement théorique de tout cela. Mais je crois, qu'aussi longtemps que durera... que tu accepteras cet échange... ce sujet sera notre fil conducteur. Tu sais,com-me moi... parce que nous sommes nourris des mêmes préjugés... que les allemands sont connus pour leur sens extrême de l'organisation.

Lorsque... durant les années 70... du vingtième siècle... de jeunes berlinois voulurent organiser leur liberté sexuelle dans le cadre d'une vie urbaine... urbanisée... communautaire... ils s'essayèrent à un système... balbuti-ant... que... probablement... Wilhem Reich... dont ils se réclamaient... aurait désavoué s'il avait été encore vivant... et non misérablement... et légalement... assassiné... en 1957... dans une prison américaine.

En 1933, Reich fonda SEXPOL, une organisation de jeunesse militante dont le mot d'ordre essentiel était le titre de l'un de ses premiers livres : "la révolte sexuelle des jeunes". En 1975, en France, la revue SEXPOL rétablit ce lien fragilisé par tant de haines déchaînées. J'ai pu en lire 20 exemplaires. Ce qui est une sorte de chance presque extraordinaire car il est aujourd'hui difficile de trouver ces textes *.

Nos jeunes berlinois... contemporains de la revue Sexpol... mirent donc en place ce curieux système : ils conçurent deux cercles en carton qui tournaient l'un sur l'autre... sur le premier, étaient notés les prénoms des garçons... sur le second... les prénoms des filles. Chaque soir, le cercle tournait d'un cran, désignant ainsi les couples pour un-e nuit. Le procédé est assez primitif dans son approximative efficacité. Tu noteras bien avec moi que les partenaires sont définis comme hétérosexuels. Reich avait quelques problèmes avec l'homosexualité qu'il considérait comme une sorte de tare née de l'organisation malsaine de la société patriarcale. J'en suis toujours à me demander en quelle mesure cette affirmation est légitimite... toute sa vie, Reich fut lui-même rongé par des contradictions... dont ses mariages... à répétition... ne sont que le symptôme... compromettant intime... cruel... témoignage... de nos amours sacrifiés aux autels... et veaux d'or de l'héritage légitimé.

cette accumulation... insensée... de virtuelles richesses... de femmes enchaînées... adoratrices vaincues... puis abandonnées... par de vieux lions essoufflés... avides de chairs déchirées et sanguinolantes... dont ils repaissent la décadente... et morbide... déchéance... biologique... de leur aliénation. Tu me suis toujours ?... Je te parle de l'infâmie, de cette racaille maladive... croupissante... stagnante... de ce poulailler mortifère... où règne... le coq obscène... ergots dressés sur son fumier... qui s'imagine nous gouverner... par quelques cocoricos télévisés... et ridicules glougloutages du jabot.Tartarin ouvre fièrement sa braguette sur nos lèvres frémissantes de haine. Excuses-moi... Il y a énormément d'amour dans ce que je dis... parce que je ne veux pas ... vivre sans cet échange... communautaire... et que je souffre... de le voir... chaque jour... traîné dans la merde du profit... et de l'égoïsme. Reich parle d'économie sexuelle pour qualifier ce bel échange... aliéné... aux lois du mariage... de l'héritage... et du patriarcat. Et si jamais... je refais ma vie totalement... si jamais quelque chose nous entraîne... toi... com-me moi... en cette reconstruction...

Il faut absolument que tu saches... que je pense ce qui précède... que tu me le rappelles.... dès que je fais un faux pas... et inversement... Car nous sommes... tous... livrés aux sirènes fatales... de millénaires esclavagismes. Excuses-moi encore... Je ne fais pas étalage d'une quelconque science... Je suis ainsi... dans la dynamique... d'une réflexion de plus en plus... révoltée... qui n'a plus rien de théorique... Elle repose sur des années de vie... sur des dizaines de petites... et grandes catastrophes... Je suis peut-être devenu... "mysanthrope"... "parano"... et tout ce qu'ils veulent bien nous coller comme étiquettes... David Cooper appelle cela... une "technique d'invalidation... destinée à soulager... la conscience publique... Les plus respectables de ces techniques sont issues de la science médicales". Je te cite "Psychiatrie et anti-psychiatrie" écrit en 1967 ! Tu vois... ce n'est pas tout neuf... Mais "il n'est peut-être pas absurde de dire... que c'est bien souvent... quand les gens commencent à devenir sains... qu'ils entrent en hopital psychiatrique et que... si quelqu'un doit devenir fou... la seule tactique qu'il lui faille apprendre dans notre société... est celle de la discrétion". Cooper sait de quoi il parle... Les hopitaux sont ainsi faits... qu'il est plus simple d'y... techniquemment... réparer les dégats... que de se compliquer la vie... à changer ce monde... afin qu'il soit vivable. Essaie de retrouver ce vieux film... de Ken Loach... regarde... Family Life...

Tu comprendras ... où je veux en venir. ... passe à l'ombre... fonds-toi... quidam anonyme... en cette foule téléguidée... ... prépare... activement... en gestes et paroles... ce grand changement... qui n'attend plus que nous... NOUS... que... par défaut d'autres expressions communes à imaginer... je nommerai... avec... nulle possessive intention... ... ... mon... namour... si abîmé sois-tu... par tant d'années...de souffrances... du corps... et de l'esprit. Ainsi... en est-il... de NOUS... de NOTRE VIE... cerise... entre nos lèvres... jointes.

Texte au format mp3
Capoeira by Belleney Pierre
est mis à disposition sous licence Creative Commons

Voix
Michel Rousseau

Crédits musicaux
"La pluie dans l'Âme", "Les mille et un visages de l'indicible" (part II)
Michel ROUSSEAU
"1983" (extraits), God save the queen, Polydor, 1980
Robert FRIPP.

* Entre le moment où fut écrit "Capoeïra" et sa mise à jour en ligne (juillet 2020), le site ecologielibidinale.org a édité une version numérique complète de la revue Sexpol qui a paru en France de 1975 à 1980. DVD revue Sexpol : Formulaire de téléchargement.

Editions de l'Obsidienne, Montpellier, France

Éditions de l'Obsidienne, Montpellier,
Texte et photographies de Pierre Belleney
Licence creative commons 4.0 International (CC BY-NC-ND 4.0)
ISBN 979-10-91874-02-1

SOMMAIRE

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